- il y a 27 minutes
#2925025
Nous avons quitté la terrasse sans vraiment en parler.
Quelques pas dans la rue, le bruit lointain de la ville, et ce silence étrange entre nous trois, chargé de ce qui n’était plus dit.
Le restaurant était discret, presque feutré.
Une lumière douce, des tables espacées, une atmosphère propice aux confidences… ou aux glissements.
Quand nous sommes arrivés devant la table, il n’a pas hésité.
Le guide s’est naturellement placé à côté de Florence.
Moi, en face.
Ce n’était pas une question.
Pas une demande.
Juste une évidence qui s’imposait sans mot.
Florence a marqué un léger temps d’arrêt.
Une seconde à peine.
Puis elle s’est assise.
Et là, j’ai senti son attitude changer.
Plus droite.
Plus attentive.
Moins rieuse.
Comme si, soudain, elle prenait conscience que ce dîner n’était plus un simple prolongement de la promenade… mais une étape de plus vers quelque chose qu’on ne pourrait plus vraiment arrêter.
Le guide parlait beaucoup.
À elle surtout.
Toujours penché dans sa direction.
Sa voix basse, posée.
Des phrases simples, mais dites trop près.
Florence répondait, mais différemment qu’avant.
Moins spontanée.
Plus lente.
Comme si chaque mot devait passer par un filtre intérieur :
jusqu’où je peux aller sans dépasser la ligne ?
Et moi, je regardais.
Je voyais ses mains posées sur la table, parfois trop proches des siennes.
Je voyais ses épaules légèrement tournées vers lui, alors que mon regard, lui, restait en face.
Je voyais surtout cette tension dans ses yeux :
celle de quelqu’un qui comprend que le jeu est allé trop loin pour faire semblant de reculer.
Le guide, lui, forçait doucement.
Pas par des gestes.
Par sa présence.
Par son assurance tranquille.
Par cette manière de se comporter comme si sa place était déjà acquise.
Il ne me regardait presque plus.
Mais de temps en temps, il levait les yeux vers moi.
Un regard bref.
Presque complice.
Comme pour vérifier que je laissais faire.
Et je laissais.
Sans parler.
Sans intervenir.
En approuvant uniquement par mon silence.
Le repas s’est déroulé ainsi.
Entre banalité apparente et tension intérieure.
Des plats choisis, des verres partagés, des rires qui revenaient parfois…
mais avec cette sensation constante que quelque chose de plus profond se jouait sous la surface.
Quand nous avons quitté le restaurant, la nuit était tombée.
Florence s’est levée lentement.
Il lui a tenu la chaise sans y penser.
Elle l’a remercié d’un sourire discret.
Et à ce moment-là, j’ai compris :
ce n’était plus seulement une histoire de regard.
Ce n’était plus seulement une tension.
C’était devenu une situation.
Une dynamique.
Une direction.
Et intérieurement, je savais déjà que la suite ne se jouerait plus dans un lieu public.
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