- Aujourd’hui, 12:18
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Victoire dut rentrer pour un rendez-vous médical. Prenant l’avion tôt matin, elle me confia Lison avec un sourire équivoque : « Je te la laisse, nul doute que tu en prendras grand soin ! » La maison sembla soudain plus vaste, plus silencieuse, comme si son départ avait ouvert un espace nouveau. Lison s’y installa comme une épouse véritable, réglant ses journées sur les miennes, se glissant à mon bras lorsque nous sortions. Elle riait : «quel plaisir, c’est comme si nous étions mariés ! » Je la laissais dire, amusé et un peu attendri, comme on laisse un enfant prolonger son rêve.
Mais dans le secret de mes pensées, une autre image revenait, insistante : celle de Marie. Cette jeunesse grave, cette fraîcheur ardente me hantaient. Je me surpris à chercher son prénom sur mon écran, à relire son bref message, comme si dans ces quelques mots, dans ce simple « C’est vous ? », se concentrait toute une promesse de vie encore inexplorée.
Un matin, alors que le soleil se levait lentement sur la mer, j’eus le désir irrépressible de reprendre contact avec elle. J’appelai donc. Elle me répondit avec cette fraîcheur mêlée d’une réserve timide : « C’est bien vous ? » Comme si l’idée même que je puisse songer à elle l’étonnait, et pourtant, dans son « vous », il y avait une attente cachée, une soif de reconnaissance. Elle n’était plus serveuse ; la vie l’avait conduite dans un petit studio de Biarritz, où disait-elle, elle cherchait sans conviction un travail qui lui plairait davantage. Ses paroles m’étaient parvenues comme à travers un voile de mélancolie, sa voix, ce timbre hésitant, presque incrédule, quand elle m’avait reconnu, me revenait comme une musique qui s’impose à l’esprit sans qu’on l’ait convoquée.
Elle aurait voulu nous rejoindre, mais déjà nous étions sur le point de quitter l’Espagne. Alors, pour ne pas rompre ce fil ténu qui nous reliait encore, je lui demandai son adresse, me promettant, peut-être plus pour moi que pour elle, d’aller lui rendre visite.
Lison qui voyait en moi l’époux improvisé d’un séjour trop bref, se réjouissait de prolonger encore quelques jours ce mirage de vie conjugale. Elle s’en amusait même, prenant un plaisir enfantin à se présenter ainsi, devant des amis ou des inconnus, comme ma femme. Je la laissais dire, car son rire léger dissipait la gravité des choses que je pressentais au loin. Mais en moi, déjà, la figure de Marie grandissait, silhouette juvénile et ardente qui venait se glisser entre nous, comme une promesse ou une tentation.
Lorsque nous reprîmes la route, quittant l’Espagne pour rejoindre la côte basque, Lison, éblouie par la perspective d’hôtels prestigieux où je l’avais conviée, se montrait plus tendre encore, me prodiguant des gestes d’affection d’autant plus fervents qu’elle croyait tenir, dans cette débauche de luxe, la preuve éclatante de mon attachement. À Madrid, au Ritz, elle semblait flotter sur un nuage, comme transportée dans un rêve doré. Et je la regardais, moitié attendri, moitié distrait, car déjà mon esprit, échappant à cette féerie d’alcôves et de tentures, s’élançait en avant vers la Côte Basque, vers ce rendez-vous tacite où je savais que Marie m’attendrait.
Nous gagnâmes Biarritz pour passer une nuit ou deux dans l’hôtel Palais Biarritz. Je tentai de prendre contact avec Marie mais ce fut un échec, tout au plus je lui laissai un message lui demandant de me contacter à l’hôtel. Après une ballade sur la plage, je trouvai un message à la réception : « J’accours, attendez-moi ».
Dans le lounge aux fauteuils profonds, une silhouette se détacha, délicate et lumineuse, les cheveux châtains foncés encadrant un visage encore juvénile. C’était Marie. Le temps parut suspendu ; sa démarche hésitante, sa manière de lever les yeux sur moi avec un mélange de curiosité et de confiance, évoquaient ces rares instants où l’on pressent que le hasard a disposé les choses selon une logique invisible. « Marie, je présume ? » fis-je en m’avançant. Elle sursauta, et dans ce mouvement, un sourire s’épanouit, éclatant et sincère. Elle me sauta au cou, geste spontané et lumineux, tandis que Lison, témoin de la scène, restait figée, partagée entre étonnement et agacement.
Après les présentations, nous nous retirâmes dans un salon plus intime, afin de pouvoir parler et boire quelque chose à notre aise. Et ce fut alors qu’apparut JM, le barman-prof de surf des souvenirs de Lison, déjà informé de notre présence par un appel discret, ou peut-être par intuition. Il s’approcha avec cette désinvolture charmante, le regard scrutant Lison qui feignit l’étonnement, tandis que je m’amusais de cette rencontre qui, silencieusement, promettait quelques arrangements futurs, certaines complicité et peut-être un jeu de regards à plusieurs voix. Marie, attentive, m’observait, hésitante, presque timide, et je pris soin d’expliquer, avec cette prudence que réclame la délicatesse, la nature de notre relation, de notre petit cercle d’amitié et d’affection, de la place que chacune tenait. Elle sourit, curieuse mais détendue, et accepta avec cette légèreté qui lui était propre de se joindre à nous pour le dîner. Son visage reflétait une sorte d’émerveillement et de crainte, comme si, dans ce moment suspendu, elle prenait conscience qu’une vie nouvelle, peut-être différente, venait de lui être offerte.
Le dîner se déroula dans la douce lumière des lampes d’ambre, filtrant à travers les vitres qui laissaient apparaître l’océan déchaîné au loin. Les vagues, d’un bleu sombre, semblaient battre le rythme d’une musique intérieure, lente et mystérieuse, que nous écoutions sans l’entendre vraiment, absorbés par la présence de Marie et par le murmure des conversations échangées.
Marie, assise près de moi, parlait de sa vie avec cette naïveté retenue qui en disait plus que les mots eux-mêmes : de sa solitude, de ses rêves interrompus, de son désir de rencontrer quelqu’un capable de comprendre ses aspirations et ses fragilités. Elle me confia son étonnement de se trouver là, parmi nous, et je sentais sous ses phrases un mélange de curiosité et de prudence, comme si elle sondait l’avenir sans oser encore y poser un pied.
Lison, quant à elle, observait la scène avec une ironie douce, comme une spectatrice amusée qui se surprend à apprécier le tableau sans jamais intervenir. Elle m’annonça, à voix basse, qu’elle allait sortir avec JM, le barman, pour voir un film de surf et peut-être un passage en discothèque. Je hochai la tête, discret, tandis que mon esprit, absorbé par la présence de Marie, savourait en silence la simplicité de ce moment : un dîner partagé, des conversations légères, le temps qui s’étire, et l’impression fragile que tout pouvait durer ainsi, suspendu hors du monde.
Après le repas, nous gagnâmes un salon plus calme, où l’air semblait chargé de cette intimité délicate qui naît lorsqu’on se confie à quelqu’un pour la première fois. Marie s’appuya contre moi, presque naturellement, et nous échangeâmes des paroles sur nos vies respectives, sur nos expériences et sur ce qu’il y avait de plus doux dans l’attente de l’inconnu. Prenant ma main elle remarqua que je ne portais pas d’alliance et s’étonna : « Vous n’êtes pas marié ? » Je répondis simplement que nous étions séparés Victoire et moi, et je laissai planer une certaine ambiguïté, consciente que la révélation complète aurait troublé ce fragile équilibre.
Avec tact je lui demandai si elle avait quelqu’un, elle me répondit qu’elle avait fait des rencontres, des individus sans épaisseur.. « Vous, vous êtes d’une autre trempe, dommage que vous ayez déjà deux femmes.. vous n’en voudriez pas une troisième ? » C’était le moment… Je lui dis que pour l’instant j’avais contre moi une jeune et jolie jeune femme qui me plaisait. Elle se cala contre moi. Je lui glissai à l’oreille en passant au tutoiement « Dès que je t’ai vue à Ré, j’ai été séduit … » M’embrassant subitement sur la joue, elle se redressa en s’éloignant, craignant de m’avoir froissé lorsque semblant plongée dans ses réflexions elle se pencha vers mon oreille et me glissa avec une douceur extrême : « faites-moi l’amour…vous voulez bien ? » Je répondis en l’embrassant tendrement pendant que nous nous enlacions.
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